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Le jeudi 20 décembre 2018

Les bains pompéiens bientôt classés ?

La Ville et la Direction Régionale des Affaires Culturelles se penchent en ce moment sur une inscription au titre des Monuments Historiques des bains pompéiens. La commission des sites statuera le 6 décembre prochain sur le dossier qui permettra d’apporter la protection nécessaire au décor le plus connu et le plus identifiable de Deauville.

L’histoire
Après la Première Guerre mondiale, la municipalité lance un concours pour les cabines en bois. Le projet des bains pompéiens de l’architecte parisien Charles Adda est retenu et ouvre pour la saison estivale de 1924. L’originalité du programme réside dans l’association au sein d’un même édifice de cabines dévolues aux bains thérapeutiques et de cabines ouvertes sur le rivage. Les premières s’organisent autour de neuf cours intérieures ceinturées par des passages couverts à portiques, les secondes, bordées par la promenade des Planches, se substituent aux traditionnelles cabines individuelles. L’édifice est traversé par une allée centrale ponctuée d’abris, séparant le quartier des hommes de celui des femmes. L’établissement, qui garantit « toutes les conditions d’hygiène, de confort et d’élégance réclamées par les baigneurs », est alors doté des équipements les plus modernes : 250 cabines dont une cinquantaine luxueuse, alimentées par un double service d’eau douce et d’eau de mer, chaude et froide. Un hammam, des salles de douches, de bains, de massage, de sudation et de repos complètent cette installation. L’ensemble est agrémenté de magasins de commerce et de cafés.
L’édifice affiche une architecture moderne en rupture avec le mouvement régionaliste triomphant dont le style normand est l’expression. La pureté des volumes et l’uniformité du béton monochrome sont atténuées par le décor de mosaïque polychrome exécuté par deux élèves de Victor Laloux, les architectes-céramistes Alphonse Gentil et Eugène Bourdet.

Les bains : témoin de l’architecture de loisirs
Si de nombreux bains-douches, piscines ou établissements thermaux sont protégés au titre des Monuments historiques, ce n’est pas le cas des bains de mer ou cabines de plage. Au cours des XIXe siècle et XXe siècle, les stations balnéaires se sont dotées d’équipements d’hydrothérapie, parfois au sein des casinos, et de cabines de plage en bois. L’établissement des bains pompéiens de Deauville est l’un des rares témoins construit indépendamment, et toujours en partie utilisé, spécifique de cette architecture de loisir. L’architecte Charles Adda (1873-1938) propose un vocabulaire architectural inspiré de l’antique, aux lignes modernes, relativement simple en façade et avec un décor de mosaïque très riche dans les cours intérieures du bâtiment principal.
Les Bains Pompéiens, repérés en patrimoine exceptionnel, font déjà l’objet d’une servitude de protection dans le cadre du règlement de l’AVAP. Dans la continuité de cette action initiée par la Municipalité, eu égard à leur intérêt notamment en matière d’histoire et d’art, la DRAC a proposé à la Ville d’engager une procédure visant à inscrire les Bains Pompéiens au titre des Monuments Historiques.
La protection au titre des Monuments Historiques n’est pas un label mais un dispositif législatif d’utilité publique basé sur des principes d’analyse scientifique. L’intérêt patrimonial d’un bien s’évalue en examinant un ensemble de critères historiques, artistiques, scientifiques et techniques. Les notions de rareté, d’exemplarité et d’intégrité des biens sont prises en compte.
Les dossiers de demande de protection sont instruits par les services déconcentrés de l'État (directions régionales des Affaires culturelles – DRAC - et conservateurs départementaux des antiquités et objets d'art - CAOA), puis soumis pour avis à la commission régionale du patrimoine et de l'architecture (CRPA). La décision d'inscription d'un immeuble fait l’objet d'un arrêté du préfet de région. L’inscription au titre des Monuments Historiques n’entraînerait pas de nouvelles contraintes concernant l’exploitation et les travaux susceptibles d’être autorisés. Elle constituerait un outil complémentaire de mise en valeur des Bains Pompéiens sachant que le propriétaire d'un Monument Historique est désormais maître d'ouvrage des travaux qui y sont entrepris. Il lui appartient à ce titre de définir les programmes des opérations d'entretien ou de restauration, de choisir le maître d’œuvre pour les immeubles, et les entreprises et restaurateurs qui seront chargés des interventions, d'assurer le financement et de solliciter pour cela l'aide de l’État, des collectivités ou d’autres partenaires (Fondation du Patrimoine, mécènes, ...).  L’opération est étudiée en amont avec la DRAC. De plus, ces protections juridiques ouvrent la possibilité, sous certaines conditions, pour les propriétaires, de pouvoir obtenir l'accompagnement technique et scientifique et les aides financières du ministère de la Culture ainsi que de différentes collectivités territoriales ou du mécénat pour le financement des opérations d'études et de travaux.

Un lieu emblématique pour Deauville
L’ensemble auquel est associé le chemin de planches constitue l’un des lieux emblématiques de la cité balnéaire. Dès l’origine, l’endroit est stratégique, l’aristocratie et la société mondaine parisienne y évoluent et s’y font voir. Les journaux des années 1920 placent les bains et les planches dans ce contexte. La vedette Denise Gray se fait photographier dans les bains « en costume d’Ondine » au moment de l’inauguration en juin 1924, Kees Van Dongen se promène fréquemment sur les planches où il est photographié. Au fil des décennies, la notoriété du lieu se développe, devenant le théâtre du film de Claude Lelouch Un homme et une femme en 1966. Puis, suite à la création du festival du film américain de Deauville en 1975, les noms de célèbres acteurs et réalisateurs sont peints sur les barrières délimitant les cabines et ils y sont invités à signer le livre d’or. Les planches et les bains pompéiens sont représentés sur de nombreuses cartes postales et affiches publicitaires dès leur inauguration (et toujours aujourd’hui) pour promouvoir Deauville et sont indéniablement l’emblème de la ville.